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Par Peroncel-Hugoz.
Charles de Habsbourg, fils d’une lignée née en Suisse alémanique, héritier de quatre dynasties (Bourgogne, Autriche, Aragon, Castille), naquit à Gand (Flandre) en 1500, où il fut élevé en français avant d’apprendre d’autres langues de son immense empire, encerclant la France de l’Andalousie aux Deux-Siciles via le Bénélux, les Etats germanophones, l’Italie et l’Espagne, sans compter les possessions d’Amérique du Sud, seule partie de ses Etats que l’empereur-roi ne visita jamais.
Il fut monarque, à divers titres, de 1506 à 1556, date à laquelle il abdiqua ses couronnes et se retira au monastère espagnol de Yuste où il mourut du paludisme en 1558. Il était venu en France lors de moments de paix avec les Capétiens.
Grand lecteur, particulièrement en français, on connaît plusieurs de ses livres de chevet, notamment sa Bible personnelle, imprimée dans l’idiome de son pire ennemi, le roi de France, François 1er, dont deux jeunes fils furent otages en Espagne, durant plusieurs années. Cette Bible en français figura parmi la trentaine de volumes qu’il emporta à Yuste, pour sa retraite finale. Parmi les titres sélectionnés : Consolation de la philosophie, du dernier grand auteur latin, Boèce, né en 480 et que le chef des Ostrogoths, Théodoric, fit tuer à Pavie (Italie). Charles-Quint lisait Boèce en trois langues : français, espagnol, italien ; il n’aima jamais le latin alors idiome liturgique et diplomatique du Vieux Continent.
Parmi les autres écrivains choisis par le souverain pour l’accompagner jusqu’au bout, le Bourguignon du XVème siècle Olivier de La Marche, autour du Chevalier délibéré où le reclus volontaire de Yuste puisa deux vers réalistes et nostalgiques sur la vieillesse :
Et toi tu n’as pas l’espoir
Qu’ont les arbres de reverdir …
Dans le même ton était la chanson préférée, de l’empereur latino-germanique, Mille Regretz du compositeur franco-allemand Joasquin des Près. (Photo : François 1er reçoit Charles Quint au Louvre).
Durant sa vie de gouvernance et de guerre, le monarque universel avait beaucoup lu aussi, par exemple le Prince et les Discours de Machiavel, mais également Institution du prince chrétien de l’anti-Machiavel par excellence : Erasme. Et aussi les Chroniques de Philippe de Commynes, Flamand francophone, ou encore le Livre du Courtisan, par le diplomate italien Salvator Balsassarre. Et naturellement de grands classiques antiques : Thucydide, Polybe, Jules César, etc. Un peu sur le modèle de ce dernier, Charles-Quint dicta en 1550, alors qu’il naviguait sur le Rhin, ses Commentaires. Bref, tout un règne entre maints volumes lus et parfois relus. ■
(Renseignements puisés principalement dans les écrits du mediéviste français Laurent Vissière, né en 1971, agrégé d’Histoire, enseignant à Paris IV-Sorbonne, collaborateur d’Historia, etc).
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