
À noter que le sous-titre de Kiel et Tanger est le suivant : « La République française devant l’Europe ». Pour Maurras, Bainville et l’école d’Action française, c’est bien, en effet, essentiellement en Europe que s’est toujours joué et continue de se jouer, le destin de la France. Rappelons, pour les jeunes générations, qu’après avoir été Premier ministre du général de Gaulle, Georges Pompidou fut président de la République de 1969 à 1974, année de sa mort.
J’ai lu quelque part que Leopold Senghor était royaliste lors de sa khagne à Louis le Grand et que son ami de khagne Georges Pompidou l’avait rallié à une vision « républicaine ». Quelqu’un peut-il confirmer, ou infirmer, ce fait?
Ca me parait peu probable. Pourquoi Senghor aurait-il été royaliste ? Il n’était pas français et ne se considérait pas comme tel. En revanche, il est clair que Senghor a été très marqué par sa lecture de Barrès ; de ce fait, peut-être peut-on le rattacher à la « contre-révolution » au sens large, en dépit de son engagement socialiste.
Kiel et Tanger est l’ouvrage le plus représentatif de la pensée maurrassienne : un nationalisme conservateur, axé sur la défense de la tradition et de l’unité nationale face aux menaces extérieures. La critique de l’Allemagne, qui domine l’ouvrage, est également révélatrice des craintes françaises avant la Première Guerre mondiale, alors que la montée en puissance de l’Empire allemand suscitait des inquiétudes sur la scène internationale.
La vision de Maurras s’oppose aussi frontalement au libéralisme et au parlementarisme, qu’il considère comme des formes de gouvernement inefficaces et divisées. Ce rejet du régime républicain, combiné à sa conception d’une France monarchiste forte et centralisée, a marqué une bonne partie de son œuvre et de son engagement politique.