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« Pour réduire le lourd déficit français, l’action de l’État sera évidemment déterminante, mais sera-t-elle suffisante ? Il y faudra l’aide des entreprises et des consommateurs : le « Fabriqué en France » doit être suivi par le Consommer français«
Par Jean-Philippe Chauvin.
C’est un peu triste de voir la France perdue dans les broussailles d’une crise sans fin et d’une dette sans fond… Mon analyse royaliste de l’actuelle déliquescence de la République, feue Cinquième.
La Cinquième République est en crise : ce constat est d’une terrible banalité, mais il n’enlève rien à sa réalité et à ses dangers pour notre pays. Non que la République soit défendable, loin de là et bien au contraire, mais cette situation du cadre institutionnel actuel de notre nation française (cadre qui régit les services publics, décide des politiques économiques et sociales, indique des directions et se doit d’assurer la tranquillité des populations et des territoires) fragilise notre rapport au monde et notre crédit aux yeux d’autrui, et démontre à l’envi la justesse des analyses royalistes d’une faiblesse structurelle de l’État central (quand beaucoup pensaient et pensent encore qu’elle n’est que conjoncturelle) et de ses vices qui, malgré la parenthèse gaullienne (elle-même loin d’être totalement satisfaisante…), sont inhérents à tout régime qui laisse la démocratie s’emparer de la magistrature suprême de l’État, dans une erreur de positionnement que l’histoire juge souvent sévèrement et, parfois, cruellement (1). Il n’est pas possible de se réjouir du malheur de la Cinquième quand celui-ci fait aussi, par la force des choses et l’enchaînement des faits, le malheur du pays : « la politique du pire est la pire des politiques », s’exclamait avec raison Charles Maurras. Mais il est urgent et toujours utile de dénoncer cette République qui désarme le pays face aux enjeux et aux risques contemporains, et d’évoquer, aussi fortement que possible et de la manière la plus crédible et constructive que faire se peut, la nécessité d’une magistrature suprême de l’État ancrée dans le temps long et indépendante par son statut non-électif et héréditaire, parce que éminemment, politiquement, institutionnellement royal.
Le désordre politique actuel n’est pas le fruit d’un malheureux hasard mais celui de la volonté hasardeuse d’un homme qui, monocrate plutôt que monarque, s’est cru Jupiter quand il n’était qu’un apprenti sorcier : de l’or français, il en a fait du plomb, celui des chaînes qui entravent les mouvements de notre pays et semblent en réduire, durablement, les perspectives d’action et de réaction. D’une République qui était censée protéger des blocages parlementaires (tels que ceux, fréquents et parfois terrifiants, qui pouvaient caractériser les Républiques précédentes…), nous sommes désormais passés à une République qui renoue avec le pire des désordres, celui de l’impuissance de l’État et du pouvoir de malfaisance des féodalités qui veulent toutes le soumettre à leurs propres envies : le pitoyable spectacle de l’Assemblée nationale, théâtre de l’invective permanente et de la surenchère militante, détourne les citoyens de la politique, à tort confondue avec ce cirque sans joie.
Et pourtant ! Jamais depuis les débuts de la Cinquième, la situation de notre pays n’a été aussi périlleuse, au risque de détruire, non seulement un modèle social en place depuis les années 1940 (qui mérite sans doute une critique constructive, et nous ne manquerons pas de la faire), mais l’idée même d’une convivialité sociale qui est l’un des piliers de l’unité française. Ainsi, de la dette publique, aujourd’hui lourde de plus de 3.300 milliards d’euros, et qui semble désormais hors de contrôle au risque de livrer notre nation aux griffes d’institutions financières internationales ou à celles, pas plus bienveillantes, d’institutions européennes soucieuses d’une vaine orthodoxie budgétaire aux critères de Maëstricht. Les circonvolutions gouvernementales et politiciennes des derniers mois, de M. Barnier à M. Bayrou (plus occupés à trouver une majorité de non-censure qu’à affronter les défis urgents du moment ou à creuser une voie crédible pour les années et les décennies à venir), ne sont guère de nature à nous rassurer, loin de là, et elles semblent marquées du sceau de l’impuissance plutôt que de la maîtrise. Or, il faut répondre à ce défi, mais sans négliger les autres éléments de la problématique économique et sans y sacrifier les nécessités sociales : si la réduction de la dette devait se faire en méprisant les conditions et les principaux aspects de la justice sociale, elle devrait être combattue avec la plus grande vigueur. Dans le même temps, céder aux facilités fiscales pour tenter de colmater quelques brèches budgétaires serait tout à fait néfaste et, assez rapidement, contre-productif. En somme, ni les solutions proprement libérales ni celles purement étatistes ne sont satisfaisantes ni souhaitables : pour répondre au défi de la dette, il importe de « faire de la force ». Cela signifie de refaire une économie solide, prospère (2), capable d’affronter les concurrences extérieures et de supporter les risques de la mondialisation (sans forcément l’agréer, d’ailleurs (3)…), mais aussi de se libérer, autant que faire se peut, d’une dette qui emprisonne et peut, si l’on n’y prend garde, limiter voire annihiler notre liberté de parole et d’action. (à suivre : « L’espérance, ce désespoir surmonté » : La France ne doit pas s’abandonner au désespoir.) ■ JEAN-PHILIPPE CHAUVIN
De ce flot d’eau tiède, d’encre « petit-teint », j’extrait ce passage que je trouve particulièrement myope, pusillanime et timoré :
« La dette publique, aujourd’hui lourde de plus de 3.300 milliards d’euros, et qui semble désormais hors de contrôle au risque de livrer notre nation aux griffes d’institutions financières internationales ou à celles, pas plus bienveillantes, d’institutions européennes soucieuses d’une vaine orthodoxie budgétaire aux critères de Maëstricht
-« semble… hors de contrôle » : en français, immaîtrisée, incontrôlée. En vérité : emportant tout sur son passage…Pourquoi « semble » ?
-« au risque de livrer notre nation » : La drogue que sont ces dettes nous a déjà aliéné nos dirigeants. plus encore que la » blanche » et son million d’adeptes. Tels des enfants dont le père s’est ainsi abandonné aux tentateurs, nous attendons, terrorisés, les huissiers. » Soucieux d’un vaine orthodoxie financière » ? Quelle pudibonderie ! Mais dis -le donc : soucieux de mettre la France et les français » à la rue » de l’Histoire !
Bien analysé !
La dérive des institutions de la Vè République date du quinquennat établi par le présumé héritier du fondateur de la Vè Jacques Chirac et de son complice Lionel Jospin. Ce faisant le président n’est devenu que le chef de sa majorité parlementaire et le premier ministre son directeur de cabinet. L’inculture et la jeunesse de ses successeurs ont aggravé la situation.
Parfait
Je trouve qu’il y a du vrai dans les remarques de Marc Vergier même si je trouve aussi qu’il les exprime sur un mode malveillant qui m’a choquée.
C’est comme dans les animaux malades de la peste : nous sommes tous touchés par la contagion de tournures anglo-saxonnes étrangères au génie de notre langue.
Il y a de ces tournures là à éviter même dans les slogans écrits ou oraux de l’Action Française. Sans doute décidés ces slogans. par des cadres, dirigeants ignorants la langue française.
C’est tout dire !
Chère Anne,
Malveillant, non ! mais las de ces descriptions proprettes de nos malheurs. Où sont les idées, les solutions, les actions, notamment en matières de finances ? Je ne discerne dans ce genre de textes que ronds de jambes et bonne conscience. Les anglicismes, bien véniels à ce stade, ne sont que la petite touche du mauvais goût à la mode ajoutée à une fade potée.
Plutôt en accord fondamental avec le commentaire de Marc Vergier, avec la précision que «les idées, les solutions, les actions, notamment en matières de finances» n’ont absolument rien à voir avec tout ce que la modernité est capable d’envisager et, quand je dis «rien à voir», cela doit être compris de manière ULTRA-radicale : …
Ce que l’on appelle «finances» est la parodie rigoureusement diabolique de la haute Monnaie. Pour s’en convaincre, se reporter à la «légende» de Faust : l’imprimeur pactisant avec le diable et mettant en chantier le papier monnaie, préfigurant les assignats révolutionnaires, le droit pour tous de pratiquer l’usure, «droit» chemin vers la fiduciarisation infernale.
La monnaie traditionnelle, tout comme le commerce, avait une activité symbolique de noble échange entre les personnes et entre les peuples, raison pour laquelle les pièces de monnaie étaient ornées de «symboles» explicitement spirituels, dont on connaissait intuitivement la VALEUR authentique. Et, plus définitivement merveilleux pour notre stupide entendement, la monnaie était un symbole de la vertu théologale de Charité !!!
Gloire à Dieu au plus haut des lieux et Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté.
La Paix dont il est question est la plus haute expression «sociale» de ce à quoi l’Homme est cosmologiquement destiné, d’où l’Espérance, également théologale.
«Et prions Dieu que tous nous veuille absoudre.» (François Villon.)
Beau commentaire hors le temps de David Gattegno. Il plaira, c’est sûr, à Remi Hugues, pourfendeur de l’usure, selon ce que j’ai pu lire dans cet excellent site !
Cet article est un essai d’analyse de la situation présente qui tente de ne pas tomber dans le piège du pamphlet, qui est d’une autre nature, et sans doute pour un public « trop pressé » quand il s’agit, ici, de s’adresser à cette part du « pays réel » qui réfléchit avant d’agir, mais qui ne sépare pas, justement, l’action de la réflexion. »On ne combat bien que ce que l’on comprend », me semble-t-il…
De plus, il y a une seconde partie à ce texte…
Je pense que ce que Marc Vergier entend pointer du doigt tient à ce que, depuis un certain temps du «journalisme» et des «commentaires», on entend et on lit à peu près partout les recours à de mêmes ressorts analytiques, jusques et y compris dans la phraséologie – la même à peu près sous toutes les plumes et dans tous les discours. Cela ne signifie pas que toutes les analyses puissent manquer de pertinence mais que la pertinence analytique brille désormais par le gouffre insondable de ses limites… Et ce, pour la raison majeure que le monde moderne est parvenu au terme de ses propres limites.
Le fond du fond, le fin du fin étant que, «structurellement» (comme aiment à dire les commentateurs tenant à se hausser du col), la question de «la Dette» devrait se poser dans les termes de la réalité de celle-ci, à savoir que l’on ne peut matériellement pas manger deux kilos de pommes-de-terre lorsque le sachet contient seulement 750 grammes de la légumineuse. Ce nonobstan, le système de la finance cosmopolite permet que, en dépit des 1250 grammes absents, la défaillance se peut fiduciairement compter pour quelque chose de prétendu solide, en raison des degré de persuasion entêtante de l’illusion que l’on aura ainsi substitué à la réalité… Il suffit aux marchés de créer à la corbeille la fiction de leur existence, selon divers procédés dont les complications multipliées vont permettre, par-dessus le marché (c’est le cas de formuler l’expression), de «créer de la richesse» imaginaire, selon une abondance très exactement indexée sur les progrès obtenus dans l’exercice de l’expression de la fiction faite institution.
Pour nous autres, il ne s’agit alors plus du tout de trouver une solution financière à la dette mais d’en annuler purement et simplement les possibilités de recours. Au sens réel de son actualité, la dette n’est même plus en rapport avec une sorte d’usure développée à l’échelle industrielle, elle est strictement idéologisée. C’est sur la dette elle-même que reposent les hégémonies politiques. La dette n’est en rien une fatalité économique, c’est l’instrument majeur de l’économie moderne, qui n’a plus rien à voir avec quelque pratique commerciale que ce soit.
Chauvin a tout à fait raison de répéter que l’«on ne combat bien que ce que l’on comprend», seulement, il m’apparaît que les combats menés depuis le triomphe des révolutionnaires attestent que l’Ennemi n’a pas été compris en tant que ce qu’il est effectivement et, par conséquent, pas débusqué non plus. Il manque à l’analyste accroupi une capacité fondamentale : l’intuition ; celle-ci lui permettrait de contempler les panoramas dans toute leur étendue et, par là même, de déceler l’étroitesse des perspectives imposées comme de premier plan.
Ce que j’avance lapidairement ici n’a guère besoin de plus grands développements pour être COMPRIS, mais il y faut mettre plus que de la raison pour en admettre les conséquences diverses, pour cette raison, justement, que la rationalité touche maintenant à sa dernière extrémité, point où elle devient déraisonnable, et ce, selon un processus qui dépasse les catégories de son entendement, processus déterminé par des impératifs que l’on peut qualifier de «cycliques», seul adjectif suggérant une perception approximative de ce dont il s’agit.
Raisonnablement, Maurras nous a donné la clef de l’empirisme organisateur, seulement il y faut exercer une intelligence comme la sienne pour ne pas risquer de voir sombrer la procédure mentale au niveau d’une espèce de «matérialisme historique», qui finira inéluctablement par dégager l’idée obsédante d’un «sens de l’Histoire» quelconque, dont il restera toujours à déterminer la direction spatiale, la durée temporelle et la vitesse d’exécution : les trois dimensions qui conditionnent la physique historique, en somme.
C’est à un «idéaliste» déclaré et accusé de l’avoir trop été que l’on doit la meilleure préfiguration de cet empirisme bien organisé sur lequel repose la doctrine politique de Maurras, anticipation d’une vingtaine d’années antérieures. Je parle de Joséphin Péladan, qui admirait Maurras, ainsi qu’en témoignent les termes de la dédicace qu’il lui fit de son «Secret de Jeanne d’Arc», en 1897 :
“Au grand théoricien de la politique,
à l’émule de Blanc de Saint-Bonnet,
À Charles Maurras
Admirativement
Péladan”
C’est donc le très souvent moqué Joséphin Péladan qui a dégagé l’aphorisme des lois de la politique : «Le passé seul étant connu, il faut découvrir en lui la nécessité présente et les conséquences prochaines.» Je signale également en passant que c’est le même Joséphin Péladan qui a dégagé culturellement la notion d’une «union latine», au cri de : «Ohé ! les races latines ! ohé !», placé en exergue du roman «Le Vice suprême», cri héraldique auquel Maurras donnera ses développements politiques.